Editorial

L’Amérique latine changerait-elle de destin ? Un Indien, dont chacun avait pu mesurer à Pau la force, la modestie, l’authenticité, dirige la Bolivie. Quelle revanche après plus de cinq siècles de colonisation ! Et déjà les chiens de garde du système hurlent au « populisme », au « castrisme », etc… Ceux-là n’aiment les peuples que résignés à leur sort. Ils regrettent le temps jadis où le sud, quasi propriété des Etats-Unis, était considéré par Washington comme son « jardin ».
L’Amérique latine vit aujourd’hui une sorte de deuxième guerre (pacifique) d’indépendance. Simón Bolívar avait pressenti que la décolonisation ne suffirait pas à rompre les chaînes de la dépendance. Du Río Bravo à la Terre de Feu, les effervescentes résistances populaires rejettent les politiques néolibérales, la domination et les ingérences de « l’Empire », de ses multinationales, du FMI, de l’OMC… Le traité malfaisant de libre commerce, le TLC, que les peuples ont baptisé : « Total Locura Capitalista » et que G. Bush rêvait d’imposer au continent, bat de l’aile. Une vague sociale sans précédent porte des dirigeants moins dociles que leurs prédécesseurs : Chávez, Morales, Lula, Kirchner, M. Bachelet, Torrijos, Vázquez, López Obrador, Castro (toujours là), Ollanta Humala, etc… Que de maux de tête, plus ou moins aigus, pour l’arrogante Maison Blanche ! Et quelle source d’espérance, d’énergie, pour des millions d’hommes et de femmes, au nord comme au sud, écrasés par une mondialisation qui ne profite qu’aux élites, qu’aux puissants.
Les nouveaux gouvernements latino-américains seront jugés à leur capacité à combattre la faim, la pauvreté, les inégalités, les exclusions… L’Amérique latine compte 225 millions de pauvres, soit 43,9% de la population. L’exigence de souveraineté, de redistribution des richesses, monte des
« barrios », des « llanos », des « sierras ». « Anachronique », « ruineux », « inefficace » rétorquent, ici comme ailleurs, les maîtres de l’argent. Rappelons pour mémoire que les 500 personnes les plus riches du monde possèdent, à elles seules, un revenu supérieur aux 416 millions les plus pauvres. Vous avez dit partage ?
Cette année, comme les précédentes, avec ses moyens modestes, le Festival latino-américain CulturAmérica doit élargir la solidarité avec les peuples d’Amérique latine, œuvrer à la mise en commun, au partage, à la convergence des luttes et des rêves. L’Amérique des Indiens, des Métis, des descendants des migrants européens, des Noirs, des latinos contraints à l’exil, se lève une nouvelle fois pour dire : « ¡ Basta ! ». « Unidos » (ensemble) nous pourrons inverser le cours de l’impitoyable mondialisation, instaurer un autre type de développement pour l’humanité. « Unidos ».
L’aube se mérite.

Jean ORTIZ
Président de CulturAmérica

CulturAmérica irradie. Des conférences, des débats, des projections, des spectacles auront lieu également à Bayonne, Garlin, Mauléon, Mourenx, Oloron Sainte-Marie, Orthez, Salies-de-Béarn, Séméac…, ainsi que dans de nombreux établissements scolaires des Pyrénées-Atlantiques.