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15 ANS DE RÊVES ÉVEILLÉS


Le Festival latino-américain CulturAmérica fête cette année ses 15 ans. 15 ans: c'est insupportable, fatigant, dévastateur. En d'autres mots: 15 ans ça suffit! 15 ans à mesurer les ravages. 15 ans à se donner en combats, en résistances, en solidarités. Nous avons donc décidé de renoncer à renoncer, et de dire «¡basta!» avec encore plus d'énergie, au terrible gâchis de la mondialisation financière, au chaos et à la violence que la domination planétaire des Etats-Unis engendre. Alors, oui: 15 ans de cette mondialisation, de «génocides silencieux de la misère»*, ça suffit !


Et nous revoilà! Nous revoilà pour bouger les consciences, souvent engourdies, pour déranger, partager, contribuer à hermanar (rendre frères) les peuples, à globaliser les rêves émancipateurs.

Après 15 ans d'ultra-libéralisme assassin, quelle ébullition en Amérique latine! L'hégémonie nord-américaine est battue en brèche. Venezuela, Bolivie, Equateur, Nicaragua, les peuples secouent le joug. Le Chili, le Brésil, l'Argentine, l'Uruguay... n'obéissent plus au doigt et à l'oeil à «l'empire». Cuba n'en finit pas de résister; impardonnable résistance! Une Amérique latine multipolaire cherche les voies, souveraines, d'une véritable indépendance nationale. Quelle satisfaction pour nous qui, depuis 15 ans, nous accrochons à cette utopie concrète: un autre monde est possible ! Et nécessaire.!


La XVe édition de CulturAmérica mettra l'accent sur les luttes sociales, démocratiques, environnementales, culturelles... au Brésil, au Venezuela, en Uruguay, au Mexique. De grandes consciences seront parmi nous et le public découvrira des spectacles, des débats et des films de grande qualité. Nous serons également partenaires d'un colloque international universitaire co-organisé par l'Université de Pau et des Pays de l'Adour et celle de la Havane, sur Che Guevara, l’une des plus grandes figures du XXe siècle. Quarante ans après sa mort, il hante encore les consciences, fascine, au-delà de l'image commerciale désincarnée. Le Che sacralisé devient inoffensif. Nous réfléchirons donc sur la pensée et la pratique vivantes d'un homme: Ernesto Guevara. Il croyait, contrairement à l'air du temps d'aujourd'hui, que l'humain n'est pas, par nature, fatalement mauvais, et qu’il n’est pas condamné à subir le présent, qu'un avenir meilleur est possible.

Oui, ¡ya basta! Avec ce XVe Festival latino-américain, plus que jamais, nous refusons la mise à mort de nos rêves. Nous voulons être des rêveurs éveillés.


* Eduardo Galeano

Jean ORTIZ
Président de CulturAmérica



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